COLLECTIFS POUR LA DEMISSION D’ALLEGRE

QUI SOMMES-NOUS ?
Nous ne sommes ni des gaucho-trotskystes nostalgiques de 68, ni des réactionnaires frileux et aigris arc-boutés sur nos acquis. Nous sommes des enseignants entrés en résistance face au pire ministre que l’éducation nationale ait jamais connu ; un ministre froidement décidé à casser l’école de la République et ses enseignants, au nom de la logique libérale.
Ne voyant pas de réaction syndicale à la taille de notre mécontentement et de nos inquiétudes, nous avons décidé de retrousser nos manches et d’organiser nous-mêmes la contestation des décisions et des projets du ministre. Le Collectif a été créé en Octobre 98, conjointement par quelques lycées de Paris et de la banlieue. Après trois mois de réflexion, débouchant le 14 Janvier sur une mémorable réunion publique à la Bourse du Travail, trois établissements se mettaient en grève reconductible le 18 Janvier. Le 28, nous étions trente. Bien qu’une grande majorité d’entre nous soit syndiquée, le Collectif ne se réclame d’aucun syndicat et est ouvert à tous. D’après Libération du 30 Janvier, nous inquiétons le ministre qui veut savoir « qui sont ces adversaires insaisissables qui échappent au contrôle des états-majors syndicaux ». Mais que les choses soient claires : il nous paraît essentiel d’oeuvrer pour l’unité syndicale la plus large, afin d’obtenir l’abandon de la réforme, dans ses principes et ses finalités.

POURQUOI DEMANDER LA DEMISSION D’ALLEGRE ?
* Parce  que notre ministre nous insulte
Les enseignants sont mis régulièrement en accusation par leur ministre qui les attaque constamment pour, soi-disant, faire avancer ses réformes. Il ne s’agit pas d’écarts de langage, mais d’une politique calculée qui joue la carte du bouc émissaire, de la haine sociale, de la haine du professeur, de l’intellectuel. Jeter à la vindicte publique un groupe d’individus est une méthode abjecte qui a largement fait ses preuves en d’autres temps et en d’autres lieux. Elle est inadmissible de la part d’un ministre soi-disant de gauche, au sein d’un gouvernement soi-disant de gauche, qui cautionne par son silence cette violence sociale et politique.
* Parce  que notre ministre cherche à casser les statuts des personnels de l’éducation nationale
C’est déjà en route avec
- la déconcentration du mouvement
- la modification du statut des M.I.- S.E. appelés à assurer des fonctions d’enseignement
- la transformation des T.A. en T.R.
- le recrutement massif de contractuels et d’emplois jeunes.
C’est en, projet avec
- la régionalisation des diplômes et des statuts
- l’annualisation et la redéfinition des services
* Parce  que notre ministre est un épicier qui sacrifie le système éducatif sur l’autel du libéralisme camouflé par le paravent des sciences dites de l’éducation.
Aux yeux des gourous des sciences de l’éducation, les professeurs seraient responsables des difficultés de la société parce que les savoirs eux-mêmes seraient source d’exclusion. La notion même de discipline devient suspecte (d’où la métaphore-leitmotiv du « chef d’orchestre »). Tout est bon pour culpabiliser l’enseignant. Sabrons dans les savoirs, allégeons les horaires, refusons le pari de l’intelligence : telle est la volonté de notre ministre. Or, « il est évident que la suppression des contenus pénalisera surtout les élèves des milieux défavorisés (...). Les programmes « light » ne le seront donc jamais pour tout le monde, et certainement pas pour les enfants de nos classes dirigeantes » (J. Urbas).
L’intérêt de mettre en avant  une réforme engagée sous les auspices des sciences de l’éducation est de jeter de la poudre aux yeux des media, des parents d’élèves, du corps enseignant, afin d’occulter la réalité budgétaire du ministère de l’éducation nationale, et de cacher la logique de cette politique libérale de précarisation du travail, de réduction du coût du travail et de réduction générale des coûts, applaudie par Madelin en personne - un comble pour un gouvernement qui se prétend de gauche.
Pour notre ministre - et pour le gouvernement auquel il appartient - ce lycée bon marché est jugé suffisant pour ceux que l’on suppose réduits aux « velléités » du savoir et de la culture. Ce mépris des masses et l’acceptation du maintien, voire de l’accroissement de l’inégalité, est un déni de démocratie. A qui profitera l’abaissement du niveau scolaire des lycées publics, si ce n’est à des écoles privées et coûteuses ? Parce que nous sommes attachés à une école qui continuera d’offrir un savoir ambitieux, des enseignants hautement qualifiés, dans leur dicipline, un bac assez exigeant pour qu’il reste un réel viatique pour les études supérieures, nous refusons cette école « adaptée à la réalité », c’est à dire adaptée au libéralisme.

OU ALLONS-NOUS ?

Nous avons donc décidé de passer à l’action pour la dignité de notre métier, pour la défense de notre statut, et pour la survie de notre école.
 

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