KING CRIMSON
Retour à la page d'accueil

De gauche à droite : John Wetton, David Cross, Bill Bruford, Robert Fripp

Et voici une autre introduction. D'une certaine façon, je trouve que ce paragraphe d'introduction que je me force à écrire pour chaque artiste que j'aborde est ce qu'il y a de plus difficile à écrire... Avant, je tentais de décrire dans le détail les changements de personnel, et les choses techniques, mais je m'éloigne un peu de ce style. King Crimson n'est sûrement pas un groupe dont j'ai envie de relater tous les changements de personnel parce que finalement, il n'y a que le grand manitou Robert Fripp qui est inlassable (bien qu'il déconstruit et reconstruit sporadiquement le groupe pour des raisons étranges, dois-je rappeler qu'il a démantelé le groupe après 'Red' parce qu'il voyait l'apocalypse s'en venir...).

Il y a ce mythe qui dit que King Crimson est à la base du rock progressif, et il y a l'autre mythe qui suit juste après et qui se fait plaisir à démanteler tout ça. La vérité est, bien entendu, entre les deux pôles. Si King Crimson n'a pas "créé" le rock progressif avec son album classique 'In the Court of the Crimson King', il l'a au moins consolidé. Force est d'admettre que ce groupe mythique est sûrement l'ensemble progressif le plus respecté par la critique dans les cercles d'amateurs de musique moderne. Ils rient de Yes, Gentle Giant, Curved Air, Emerson Lake and Palmer, mais quand vient le temps de parler de King Crimson, un certain respect est de mise. Robert Fripp et sa bande n'a jamais été dans le bonbon, le tout se devait d'être révolutionnaire et anti-commercial; voici des termes qui plaisent aux universitaires. Personne ne peut nier l'influence du premier album du groupe, ainsi que de 'Red' qui est finalement un pionnier de la musique "hard". Force est d'admettre que tout cela est vrai; King Crimson est sûrement le plus respectable des groupes progressifs. Pas de gobelins, dragons, gnomes, pas de piano plastique, et aussi, une image très discrète. Même pichforkmedia.com, un des endroits où la quantité de critiques modernes prétentieux est à son plus élevé (je crois même qu'ils sont plus prétentieux que moi, faut le faire quand même!), alors même eux, ils respectent King Crimson (et utilisent leurs copies de 'Close to the Edge' comme papier de toilette, ou "carton de toilette" devrais-je dire).

Par contre, nous nous devons d'admettre autre chose: King Crimson est loin d'être un groupe constant! Ils ont de superbes hauts, et d'exécrables bas. Mais je crois que le pardon est facile. Après tout, quand on expérimente, on ne réussit pas toujours (parlez-en aux scientifiques, comme moi...). Je dis même ceci: leurs expériences ont un très bon taux de réussite. Tout ceci est sûrement aidé par le fait que Robert Fripp a toujours su s'entourer de la crème de l'industrie musicale: Bill Bruford, Peter Sinfield, John Wetton, David Cross, Tony Levin, Adrian Belew; ils ont tous prêté leur talent à King Crimson à un moment ou un autre, avec des résultats plus que palpitants!

Alors comme vous vous en doutez peut-être maintenant, une description générale du son de King Crimson est difficile à étaler. Disons simplement que le groupe est sombre et assez sinistre, et leurs paroles souvent difficiles à déchiffrer; en fait, j'ai rarement le goût d'essayer de déchiffrer les paroles... Irais-je dans la bonne direction en affirmant que leur période mi-70s est la moins compliquée lyriquement? Je ne sais pas... Des pièces comme Fallen Angel et Easy Money me semblent plus accessibles dans ce sens. Musicalement maintenant, je ne crois pas que le groupe tente d'être extrêmement syncopé, bien qu'ils soient très doués dans ce domaine, c'est vraiment l'atmosphère qui compte. Par contre, King Crimson n'est pas un groupe de musique "Ambient" du tout! Le climax est un objectif commun à plusieurs pièces, le minimalisme se transformant habituellement soudainement en climax... Le minimalisme n'est pas du minimalisme à la Philip Glass ou à la Tangerine Dream sur leur album 'Zeit' par contre, le minimalisme King Crimson est ryhtmé, parfois complexe (Larks' Tongues...). Mais encore une fois... Répétons que King Crimson essaie TOUT. Il y a donc effectivement beaucoup d'improvisation et de moments où on cherche la musique (Moonchild...). Fripp semble adorer mettre des pestes sur ses albums, un 5 à 10 minutes de "rien" absolu qui vous rend fou. Mais bon! Je suppose que certaines personnes applaudissent ces moments.

Je crois que j'en ai assez dit dans ce texte, ma foi, assez essoufflant à écrire; une introduction à un mythe comme King Crimson, ça ne peut pas se faire sans pression! Je crois que lorsque je ferai mon introduction aux Beatles, je serai assez bref... Ce que j'essaie de dire, c'est qu'il est difficile d'ajouter quelque chose de constructif à tout ce qui a déjà été dit sur de tels groupes sans avoir l'air d'un vrai novice (ce que je suis, finalement...)

Simon L. 23 juin 2004

Laissez vos commentaires concernant cet artiste!

 

 

1969
In the Court of the Crimson King

Note: 8+

1) 21st Century Schizoid Man 2) I Talk To the Wind 3) Epitaph 4) Moonchild 5) The Court of the Crimson King

Aussi important que cet album puisse être, je me sens incapable de l'apprécier autant que je le devrais. 'In the Court' est un peu surestimé, mais je dis bien "un peu"; il demeure capital et essentiel. Écoutez ce mellotron!
Meilleure pièce: Epitaph

"But I fear tomorrow I'll be crying"

Mais je crains que demain, je pleurerai

De Epitaph

Le voilà, l'album progressif le plus aimé de tous les temps. C'est un bon album effectivement, mais à quel point? Pour moi, 'In The Court of the Crimson King' définit un style, il ouvre la porte, et maintenant, il faut construire là-dessus. Mais je suis conscient que si je ne donne pas un 10 à cet album, c'est certainement à cause d'un problème de perception personnel (mais je ne comprends pas comment on peut ignorer que 10 minutes de Moonchild sont; "rien"). Après tous, les arrangements sont complexes et exécutés avec soin. Le mellotron imbibe le tout avec une sonorité extraordinairement envoûtante. Que des points positifs quoi. Apparemment, l'album demeure une pâle comparaison de ce qu'était King Crimson à cette époque. En effet, ce premier album du groupe était très attendu parce que King Crimson avait déjà fait beaucoup de spectacles et était acclamé. La paranoïa est un thème récurrent sur 'In the Court of the Crimson King'. Du début sinistre et poussiéreux à la fin interplanétaire; tout me pousse à la peur. C'est un album effrayant quand on se permet de l'écouter dans le noir. Vraiment, je me sens un peu mal de ne pas pousser ma note vers le haut, car c'est définitivement un grand album, mais je me force de garder ma vision personnelle, et je trouve que certains albums subséquents de King Crimson sont définitivement meilleurs que celui-ci. ARGH, je dois arrêter de penser à tout cela, et enchaîner...

Avant que vous ne le réalisiez, 21st Century Schizoid Man vous attaquera avec un riff très reconnaissable. C'est très possiblement la plus connue de toutes les pièces du groupe. Les paroles sont chantées par Greg Lake, et elles sont encodées (ou altérées) de façon à être agressantes, loins, mais vicieuses. Et ces mots écrits par Sinfield sont sûrement plus compétents ici qu'ils le seront quelques années plus tard sur Brain Salad Surgery d'ELP. Des phrases comme "Neuro-surgeon screams for more, at paranoïa's poison door" ou "Innocents raped with napalm fires" (respectivement "Le neurochirurgien crie pour en avoir plus, à la porte empoisonnée de la paranoïa" et "Des innocents violés par des feux de napalm") n'ont rien pour vous faire dormir tranquillement. De plus la partie instrumentale nous montre un groupe extrêmement compétent, le rythme est intense, l'instrumentation exceptionnelle. Un classique, définitivement. Je persiste à croire que la chanson est un peu surestimée, car elle ne me donne pas beaucoup de frissons, mais elle est sûrement très vivante et mérite sa réputation; ce n'est que moi qui délire. En fait, je préfère Epitaph et la pièce titre à ce classique qu'est 21st Century Schizoid Man... I Talk to the Wind est une "courte" et très belle chanson centrée autour des instruments à vent. Le tout est très doux et chanté divinement par Lake encore une fois (je répète, un des meilleurs vocalement au sein du rock progressif). McDonald fait tout un travail ici, en donnant à la chanson une ambiance éthérée avec tous ces instruments à vent. I Talk to the Wind n'est certainement la plus mémorable des pièces par contre. La fin est très belle... Epitaph, QUELLE PIÈCE. Pour tous ceux qui se demandent "pourquoi le mellotron reçoit tant de compliments", vous vous devez d'écouter Epitaph. Vous serez noyés par sa sonorité dès l'introduction, une des meilleures utilisations de l'instrument que j'ai entendues. TOUT MARCHE PARFAITEMENT; le mellotron, accompagné par la guitare subtile et bien construite de Fripp, ainsi que la basse bien placée et la voix divine de Greg Lake qui pousse les paroles angéliquement. Pendant la section instrumentale, le tout reste au même niveau épique, et McDonald joue de ses instruments à vent avec assurance et douceur. Un roulement de batterie nous ramène dans la section chantée. Cette chanson est la définition de la mélancolie. La phrase en tête d'article "And I fear tomorrow I'll be crying" me marque toujours. Ouf! Je n'ai plus de souffle. N'oublions pas les paroles suivantes: "The fate of all mankind I see, is in the hand of fools" ("Je vois, le destin de toute l'humanité est entre les mains d'imbéciles"). Le début de Moonchild semble tout aussi prometteur, avec une mélodie encore meilleure que celle de I Talk to the Wind. Fripp et McDonald joue doucement pour accompagner la mélodie principalement vocale que Lake chante, et le refrain est extrêmement réussi. Par contre, le tout se termine après 2 minutes pour aller dans les parties nommées The Dream et The Illusion. Je ne sais pas où ces parties commencent et finissent, car ce qui suit est un 10 minutes de vide total. Peut-être que ce 10 minutes est intéressant, mais hier, quand j'ai essayé de l'écouter, je me suis endormi (comme j'avais prévu). C'est le moment "Fripp se regarde le nombril" de l'album. Vraiment, quelqu'un qui donne une note parfaite à cet album doit parler bien fort à ses amis lorsque cette partie de l'album joue pour qu'ils oublient qu'elle existe. Elle n'est pas mauvaise, elle est simplement RIEN. Ce que j'ai acheté, c'est un album de MUSIQUE. Où est la MUSIQUE!?! Quelques percussions placées de manière chaotique et des cordes de guitares qui vibrent aléatoirement, ce n'est pas ce que j'appelle de la musique. Fripp a fait d'autres improvisations étranges, mais jamais elles n'ont été aussi silencieuses et vides. Sûrement la pire improvisation de Fripp que je connaisse. Dommage, vraiment dommage. Dois-je rappeler que le tout dur 10 MINUTES. 10 MINUTES!!! QUOI!?! OUI! 10 MINUTES! Interminable. Moins 1 pour cet album juste pour ceci. Heureusement, In The Court of the Crimson King vous réveille soudainement avec ce riff de mellotron impérissable et puissant. Elle me rappelle un peu Epitaph. C'est la deuxième pièce la plus connue de l'album, et le refrain "For the court of the crimson Kiiiiiiiiing aaaaaaaah aaaaaaah ah ahhhhhh aaaaaah ah ahhhhhh" est un moment frisson. Aujourd'hui, je préfère Epitaph, demain je préférerai sûrement In the Court of the Crimson King. Cette pièce m'engloutit dans un liquide épais, une sauce de mellotron. La pièce semble présenter les membres de la court du roi Crimson, mais à la fin on se rend compte que c'est un spectacle de marionnettes. Classique absolu, meilleure que 21st Century encore une fois. La partie Dance of the Puppets est amusante, sûrement le seul moment enjoué de l'album. Lorsque vous pensez la pièce finie, Dance of the Puppets arrive, et étire le tout, et vous croyez que c'est fini, mais non, le superbe riff de mellotron revient vous étampez contre le mur quelques fois. Chapeau.

'In the Court...' bénéficie d'une pochette intemporelle. Ce dessin est à mon avis responsable de la vente de beaucoup d'exemplaires de l'album. Imaginez ce dessin en version LP! La paranoïa même se dégage du tout. Deux choses restreignent sûrement la note de cet album... 1) I Talk to the Wind, qui, bien que plaisante, n'est pas de la tranche d'un "10", je l'aime, mais j'en ai entendu des meilleures, 2) Moonchild, pour des raisons évidentes. Donc, contrairement à tous les autres, je vais me retenir, car après tout, 15-20 minutes de cet album ne sont pas divines du tout. Pour moi, les points forts sont 21st Century Schizoid Man, mais surtout l'utilisation du mellotron tout au long de l'album, particulièrement sur Epitaph et la pièce titre. Donc, oui, un grand classique, mais handicapé par quelques moments que l'on tente habituellement d'oublier pour ensuite surestimer le package. Je crois quand même que j'aurais pu être plus généreux envers l'album, mais bon... On verra plus tard. De toute façon, King Crimson est un groupe qui, bien entendu, ne peut que devenir de plus en plus sophistiqué. Mais à la fin, vous n'aurez pas le choix de vous procurez 'In the Court of the Crimson King" parce qu'avant cet album, le mot "rock progressif" n'existait pas, et que chaque pièce de l'album est potentiellement à l'origine de plusieurs des différentes sonorités du genre.

Simon L. 24 juin 2003

Laissez vos commentaires concernant cet album!

 

Hosting by WebRing.
Navigation by WebRing.